Amines aromatiques et cancer de la vessie : maladie professionnelle et mutuelle d’entreprise

Une tumeur de la vessie peut être reconnue comme maladie professionnelle après exposition à certaines amines aromatiques. Le tableau 15 ter prévoit un délai de prise en charge de 30 ans, sous réserve d’une durée minimale d’exposition de cinq ans. Après reconnaissance, l’Assurance Maladie couvre les soins liés ; une mutuelle d’entreprise adaptée aux besoins des salariés peut compléter certains restes à charge.

Certaines amines aromatiques utilisées dans l’industrie sont cancérogènes. Le tableau 15 ter concerne notamment des expositions à la benzidine, à la 2-naphtylamine, à l’o-toluidine ou au MBOCA. Après absorption, des métabolites peuvent être éliminés dans les urines et exposer l’épithélium urinaire. L’exposition professionnelle augmente le risque sans signifier qu’un cancer apparaîtra systématiquement. Le tabac constitue parallèlement un facteur majeur du cancer de la vessie.

Le tableau 15 ter comporte une liste indicative de travaux exposants. L’analyse porte donc sur les produits réellement manipulés, la période d’activité et la durée d’exposition.

  • synthèse et préparation de certains colorants dans l’industrie chimique ;
  • utilisation de colorants dans les encres, peintures, textiles, cuirs et papiers ;
  • fabrication d’élastomères ou résines utilisant le MBOCA ;
  • travaux de pesage, de mélangeage et de vulcanisation dans l’industrie du caoutchouc, particulièrement avant 1955.

Le tableau 15 ter du régime général vise une tumeur primitive de l’épithélium urinaire, de la vessie ou des voies excrétrices supérieures. Elle doit être confirmée par examen histopathologique ou cytopathologique.

Le délai de prise en charge est de 30 ans, sous réserve d’une exposition d’au moins cinq ans. Les 30 ans ne représentent ni une durée de remboursement ni une durée minimale de travail. Ils correspondent au délai maximal entre la fin de l’exposition au risque et la première constatation médicale de la maladie.

Oui. Un tabagisme actuel ou passé n’exclut pas automatiquement une origine professionnelle. Le cancer de la vessie peut avoir plusieurs facteurs de risque. Le tabagisme ne constitue pas, à lui seul, un critère excluant la reconnaissance au titre du tableau 15 ter. Lorsque la maladie est désignée dans le tableau et contractée dans les conditions qu’il prévoit, elle bénéficie de la présomption d’origine professionnelle. Les substances manipulées, les postes occupés et les périodes d’exposition doivent donc être documentés.

L’hématurie, c’est-à-dire la présence de sang dans les urines, constitue le principal signe d’alerte. Des envies fréquentes d’uriner, des brûlures ou des difficultés urinaires peuvent aussi conduire à consulter. Ces symptômes ne prouvent pas un cancer.

Le bilan peut comprendre analyse d’urines, imagerie, cystoscopie et prélèvement. Pour le tableau 15 ter, la tumeur doit être confirmée par examen histopathologique ou cytopathologique. Le traitement dépend ensuite du type, du stade et de l’extension de la tumeur.

La démarche repose sur une déclaration de maladie professionnelle accompagnée d’un certificat médical. Les éléments retraçant l’exposition permettent d’étayer le dossier.

  • certificat médical initial et examens confirmant la tumeur ;
  • formulaire de déclaration adressé à la caisse ;
  • postes, employeurs et périodes d’exposition ;
  • documents disponibles sur les produits ou procédés utilisés.

Si toutes les conditions du tableau ne sont pas réunies, une reconnaissance peut rester possible. Selon le cas, le dossier peut être examiné par un comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles.

Après reconnaissance, les soins liés à la maladie professionnelle sont pris en charge à 100 % dans la limite des tarifs de l’Assurance Maladie. L’hospitalisation liée est couverte et le forfait journalier n’est pas dû. Les dépassements d’honoraires et certains suppléments restent toutefois hors de cette prise en charge.

Dépense AT/MP Mutuelle d’entreprise
Soins liés 100 % dans la limite des tarifs de l’Assurance Maladie Complément selon contrat
Dépassements Non Selon garanties
Chambre particulière Non automatique Selon contrat

Il faut donc vérifier les garanties de la complémentaire santé collective de l’entreprise. Il est aussi utile de choisir une mutuelle d’entreprise selon ses garanties d’hospitalisation et d’honoraires.

Une tumeur vésicale peut apparaître longtemps après la fin de l’exposition. Une personne inactive, demandeuse d’emploi ou retraitée ayant cessé d’être exposée à certains agents cancérogènes peut demander un suivi post-professionnel auprès de sa caisse d’assurance maladie. La demande peut notamment s’appuyer sur la synthèse des expositions établie par le médecin du travail. La nature et la fréquence des examens varient selon les risques auxquels la personne a été exposée.

Conserver les certificats de travail, la synthèse ou les justificatifs d’exposition et les informations disponibles sur les produits peut faciliter les démarches ultérieures. Ces documents peuvent aider à reconstituer une exposition ancienne lorsque la maladie apparaît plusieurs années après la fin de l’activité.